Que savent de nous les grands récits du Japon dessiné — sur l'inconscient, le corps, le mal ? Un cercle pour le leur demander, avec les outils de la psychanalyse et de la philosophie.
Et si les mythes de notre temps ne s'écrivaient plus dans les tragédies, mais case après case — sous les yeux d'une génération entière qui y apprend, sans le savoir, la haine, le deuil et le pardon ?
Que porte Naruto dans le ventre, sinon un refoulé ? Que réveille la pleine lune chez un Saïyen, sinon notre vieux loup-garou ? Que paie-t-on vraiment en croquant le fruit du démon ? Ces images sont-elles des ornements — ou des pensées, qui attendent qu'on les déplie ? C'est le pari du GEPPMa : une œuvre par cycle, un thème par séance, un court exposé pour ouvrir — la discussion fait le reste.
Que fait le refoulé quand il a des griffes ? Doubles, démons intérieurs, sceaux qui cèdent : que diraient Freud, Jung ou Lacan devant ces planches ?
Le mal est-il une substance, une relation, un regard ? Suis-je encore moi quand mon corps change ? Les vieilles questions, reformulées à neuf par le récit dessiné.
Naruto, Dragon Ball, One Piece — prétextes ou œuvres ? Que fait le dessin au récit, et le récit au lecteur ? On lira les planches de près.
Un orphelin que tout un village regarde de travers, parce qu'il porte en lui le monstre qui a détruit le village : que devient un enfant fait dépositaire, à la naissance, d'un mal qu'il n'a pas commis ?
Comment la haine s'hérite-t-elle, comme un bien de famille ? Que voit une communauté quand elle regarde un stigmate — et que devient celui qu'aucun regard n'aime ? Pourquoi Sasuke choisit-il la vengeance, et Naruto la reconnaissance ? Le cycle suivra ces fils — le mal logé dans le corps, le double, le frère ennemi, la haine et sa possible interruption — en convoquant Dragon Ball ou One Piece quand le thème l'exigera.
Kyûbi, les singes géants saïyens, le fruit du démon
Un mal enfermé dans le ventre d'un enfant, qui ressurgit avec la colère. Le refoulé a-t-il une adresse — la chair ?
Un regard vers la pleine lune, et le corps régresse à la bête. Que faut-il couper de soi pour rester parmi les hommes ?
On mange le mal, et il devient pouvoir — mais l'océan vous rejette à jamais. Que coûte, au juste, une puissance avalée ?
Images © Masashi Kishimoto / Akira Toriyama / Sui Ishida / Eiichirō Oda et leurs éditeurs — reproduites à titre de citation pour l'étude et la discussion.
Pourquoi Naruto ne rencontre-t-il pas son démon sur un champ de bataille, mais scellé dans son propre ventre, au fond d'un couloir où l'on descend comme on descend en soi ? Et pourquoi, quand la colère le submerge, est-ce le corps qui cède en premier — pupilles fendues, griffes, manteau de chakra qui brûle la peau ? Le mal serait-il d'abord une affaire de chair ?
Que voit Son Goku dans la pleine lune, pour que la bête s'éveille — un signal, un miroir, une permission ? Et que penser du remède : couper la queue de l'enfant pour qu'il reste humain ? Que faut-il retrancher du corps pour être admis parmi les hommes — et le singe géant n'a-t-il pas de la famille chez nous, du loup-garou à Mr Hyde ?
Et si le mal ne nous habitait pas depuis toujours — s'il fallait l'avaler ? Qu'est-ce que « manger » un pouvoir, au sens où la psychanalyse parle d'incorporation ? Pourquoi le fruit défendu coûte-t-il la mer, milieu originaire de ce monde de marins ? Toute puissance s'achète-t-elle d'une part du monde ?
Trois figures, une même énigme : l'adolescence n'est-elle pas l'expérience d'un corps qui se transforme sans demander la permission ? Et puisque aucun de ces récits ne propose d'extirper le mal — puisque Naruto finit par s'asseoir face à Kurama et s'en faire un allié — que faut-il en conclure ? Maîtriser le mal en soi, le couper comme une queue de Saïyen, ou s'en faire un compagnon ? C'est la question que nous ouvrirons ensemble, planches à l'appui.
« L'homme n'est point l'ennemi de l'homme, mais chacun porte en soi de quoi le devenir. » Argument de la séance
Court exposé introductif, puis discussion libre. Aucune connaissance préalable des œuvres n'est exigée — la curiosité suffit. Venez avec vos lectures, vos souvenirs de lecteur et vos objections.
Le GEPPMa réunit des lecteurs venus d'horizons différents — clinique, philosophie, simple passion des œuvres — autour d'une même table.
Le groupe est ouvert : si la démarche vous parle et que vous souhaitez assister à une séance, écrivez-nous.